La nuit est claire.
Autour de moi, tout est vaporeux. Il flotte dans l’air une odeur boisée de soir d’été après la tombée de la pluie.
Je me réveille en travers de mon lit.
Devant moi, une ombre. Ou plutôt, une silhouette claire, comme un voile.
Des cheveux sombres, longs, très longs, bien plus que les miens, sont étalés sur les draps. Un visage est là, tout près du mien, mais bien trop flou pour que je puisse en distinguer les traits.
Une bouche cependant se devine. Charnue, parfaitement dessinée, d’une belle teinte ambrée.
Tout en transparence, à travers une peau couleur de miel, je distingue mes draps crème.
Des yeux apparaissent, d’un noir profond. Ils me fixent tendrement, amoureusement.
Le parfum ennivrant de la canelle m’envahit.
Je ressents un bonheur intense. Mais je suis en même temps frappée par une détresse profonde, une déchirure terrible au fond de moi. Malheureuse, je suis résignée à accepter l’inévitable abandon.
Je m’approche de cet homme allongé à mes côtés, et tente de l’effleurer. Ma main traverse son torse et caresse son coeur. Il me sourit et passe ses doigts dans mes cheveux qui restent immobiles sur l’oreiller.
Embrasser quelqu’un qu’on ne peut toucher est une sensation aussi étrange que délicieuse, le plus beau baiser qu’on puisse imaginer…
Tandis que nos lèvres se cherchent sans se trouver, ma main heurte un bras, une épaule, puis un torse. Notre étreinte imaginaire devient charnelle, et mes lèvres découvrent les siennes, si douces et sucrées.
Depuis mon réveil, aucun mot n’a encore été prononcé. Ils sont inutiles. En un regard il me connait par coeur, mes joies, mes peines, mes doutes et mes espoirs, je lui suis entièrement dévoilée. En un sourire il m’a livré son âme et son coeur.
Cependant, je m’interroge… D’où me vient-il? Je l’observe. Sud-Américain? Asiatique? Indien d’Amérique? Je ne saurais le dire. Il paraît venu d’un autre monde, d’une autre époque, est-ce possible?
Une évidence pourtant. Cet homme sera le père de mes enfants car il est l’homme de ma vie et plus encore.
Tout à coup, tout s’accélère.
J’ai envie de crier ma joie au monde entier, mais, non, c’est mon secret.
Regardez! Je suis heureuse!
Non… Cache-toi!
Tu n’es rien qu’à moi… Mon trésor, mon jardin secret.
Quelqu’un vient! Vite, derrière l’amoire, on ne doit pas te voir.
Non! Attends! Enlace-moi jusqu’à m’étouffer d’amour.
Si on te découvre, comment expliquer la raison de ta présence?
Mais si tu n’existes pour personne, comment faire ma vie avec toi?
L’excitation d’un amour secret n’a d’égal que la frustration qui en découle.
On t’a découvert! J’en tremble, mais j’en ris aussi.
Voilà mon aimé, mon amant, mon amour!
Le vois-tu? Non.
Il n’y a que moi pour toi ici, mais tu ressens cette présence inexplicable.
« Je ne suis réel que pour toi pour le moment. Je suis voué à disparaître au petit matin, et ainsi chaque jour à moins que l’on ne s’unisse…»
Alors marions-nous! Il ne peut en être qu’ainsi!
La lumière s’intensifie. Pas une lumière blanche et aveuglante, non, juste un halo de teintes indescriptibles.
Une vague de chaleur s’empare de moi, non, c’est de la fraîcheur, non, juste une sensation de bien-être…
L’odeur boisée a laissé place à un parfum fleuri délicat.
Je suis légère, lui aussi. Nous ne touchons plus terre et nous nous rapprochons l’un de l’autre. Ma main au creux de ta main, et ton corps contre le mien…
Tiens… Etait-ce un tintement? Oui, en voilà un autre.
Je suis tienne…
Enfin, tu vis, tu es là, tout le monde te voit.
Mais ces cloches, ces cloches! Au début si jolies, elles deviennent assourdissantes, oppressantes…
Quoi? Que dis-tu? Que j’ouvre les yeux?
Je me réveille, où es-tu?
Mon Amour s’est envolé à jamais… Loin de ma réalité….
A ce soir, je t’attendrais, je serais là où tu m’as trouvée…
En parlant avec Popo de beaux gosses au cinéma, on a parlé « Danse Avec les Loups » et « Cheveux au vent »…
Oh! Mon! Dieu!
This is him! Trait pour trait.
